Marketing B2B : entre audience élargie et persona cible
Marketing B2B : comment structurer des contenus pour une audience humaine, complexe et lente à décider, en tenant compte des usages de Google et des IA.
WEBMARKETING
LYDIE GOYENETCHE
1/18/202611 min lire


Comment parler à une audience B2B humaine, complexe, lente à décider, dans un monde dominé par les IA
Dans les cycles de vente longs — typiques de l’industrie, des services B2B complexes, du tourisme premium, de la tech “à cahier des charges” — la question n’est pas seulement d’être visible. Elle est de faire mûrir une décision qui se construit sur plusieurs mois, avec plusieurs décisionnaires, des budgets engagés dans la durée, et une logique de risk management (risque fournisseur, risque opérationnel, risque réputationnel, risque conformité). Dans ce contexte, le marketing de contenu n’est pas un “habillage” : c’est un dispositif cognitif. Il sert à réduire l’incertitude, objectiver les critères, aligner les parties prenantes, et rendre l’achat défendable en interne.
Or, ce mûrissement ne se joue plus uniquement sur Google. En France, Google reste massivement dominant (environ 89,5 % de part de marché fin 2025), comme en Allemagne (~90,2 %) et plus encore en Espagne (~94,2 %). Les États-Unis sont un peu moins “monoculturels” sur la recherche, mais Google y reste largement premier (~84,5 %). Dans la pratique, cela confirme un usage très fréquent : Google sert encore énormément à la recherche exploratoire (comparer, cadrer un sujet, vérifier une option, chercher un prestataire), surtout en Europe.
Mais, pour l’apprentissage et la compréhension progressive, YouTube joue un rôle de fond : en France, la plateforme touche une part très large des internautes (les données d’ad reach donnent un ordre de grandeur de plus de 80 % des internautes). Et côté américain, des études marketing Google indiquent que 86 % des viewers déclarent utiliser YouTube pour apprendre de nouvelles choses (ce chiffre ne mesure pas l’Europe, mais il illustre la fonction “apprentissage” du média). Résultat : pour les offres complexes, le contenu vidéo peut devenir un “compagnon de décision” — pas forcément pour convertir vite, mais pour installer la confiance, créer un langage commun, et armer le prescripteur.
La nouveauté, c’est le troisième étage : les IA conversationnelles. Les décisionnaires s’en servent déjà, parfois officiellement, souvent discrètement. Aux États-Unis, un repère marquant : selon Pew 28 % des adultes employés disent utiliser ChatGPT au travail (forte hausse en deux ans). En France, l’adoption en entreprise est plus prudente : un article du Monde indiquait par exemple qu’à fin 2024, environ 31 % des PME utilisaient des outils de genAI. L’Allemagne apparaît plus lente dans certaines mesures “entreprises” (ZEW : 12 % des entreprises déclaraient utiliser l’IA en 2023). À l’inverse, l’Espagne est souvent décrite comme très dynamique côté usages au travail (BCG cité : 78 % de professionnels utilisant l’IA régulièrement).
Mais attention selon l'IA utilisé le persona change et son rapport à l'information aussi.
ChatGPT, Perplexity et Copilot ne correspondent pas au même persona. ChatGPT est souvent mobilisé comme assistant cognitif (clarifier, reformuler, préparer une argumentation, simuler des objections).
Perplexity est recherché quand la priorité devient la traçabilité et la fiabilité (réponse sourcée, vérification rapide vis-à-vis d’un cahier des charges), idéal pour cibler des acheteurs et des responsables qualités, ou un département de veille technologique, ou des chefs de produits.
Copilot, lui, s’inscrit dans un autre registre : dans des environnements industriels dominés par Microsoft 365, il devient un outil de productivité interne (documents, réunions, emails, décisions outillées) — et Microsoft revendiquait déjà fin 2024 une adoption de Copilot par près de 70 % du Fortune 500. Bref copilot est intéressant pour structurer l'information technique opérationnelle en face de besoins connus ou de prospectives développementales.
Autrement dit : si ton contenu veut réellement “faire mûrir” la décision, il doit être pensé non seulement pour Google et YouTube, mais aussi pour les parcours IA — avec des formats, des preuves, et des niveaux de lecture adaptés à chaque persona de la décision.
On ne “parle” pas à une audience B2B complexe : on structure des contenus pour accompagner une décision déjà engagée
Une décision B2B ne commence pas par un contact, mais par un raisonnement
Dans les cycles de vente B2B longs et complexes, il est illusoire de penser que l’on peut “parler” directement à une audience pour déclencher une prise de contact rapide. La réalité est plus exigeante.
Les décideurs B2B — dirigeants, directeurs marketing, responsables achats, responsables techniques — n’entrent en relation avec un prestataire que lorsqu’une grande partie du chemin a déjà été parcourue. Plusieurs études convergent sur ce point : entre 70 % et 80 % du processus de décision est réalisé avant le premier contact commercial. Autrement dit, lorsque la relation humaine commence, la décision est déjà largement mûrie, argumentée, parfois même validée en interne.
La lenteur décisionnelle n’est pas un frein, mais une responsabilité
Cette lenteur n’est ni un défaut ni une résistance au marketing. Elle est la conséquence directe de la responsabilité que porte chaque décision B2B. Choisir un prestataire engage un budget sur la durée, mais aussi une crédibilité professionnelle, parfois une carrière, et souvent plusieurs parties prenantes. Dans les contrats supérieurs à 10 000 €, on compte en moyenne 6 à 8 personnes impliquées dans la décision, chacune avec ses propres critères : performance, conformité, sécurité, retour sur investissement, image, compatibilité technique, risque fournisseur. Tant que ces critères ne sont pas suffisamment éclairés, le contact humain est différé.
Le rôle réel du contenu digital : structurer, pas convaincre
C’est là que se situe une confusion fréquente en marketing digital : croire que l’enjeu consiste à “convaincre” une audience. En réalité, dans le B2B complexe, on ne convainc pas. On permet à une décision de se structurer. Le rôle du contenu digital n’est donc pas de séduire ou d’accélérer artificiellement, mais de répondre, de manière experte, aux intentions de recherche successives des différentes personnes impliquées dans le cycle de décision.
L’accès à l’information n’est pas uniforme : une contrainte souvent oubliée
Encore faut-il que ce contenu soit accessible. Cet élément est souvent négligé : l’accès à une connexion Internet performante n’est pas uniforme. En France, malgré les avancées du plan Très Haut Débit, près de 15 % des zones rurales restent mal desservies par la fibre, et dans certaines régions industrielles ou transfrontalières, les usages numériques restent contraints par l’infrastructure. À l’échelle internationale, les écarts sont encore plus marqués. Cela implique des contenus lisibles, rapides à charger, structurés, et consultables sans dépendre uniquement de formats lourds ou interactifs.
Une décision collective implique des intentions de recherche multiples
Parler à une audience B2B complexe, ce n’est donc pas tenir un discours déclaratif sur son expertise. C’est produire des contenus qui répondent précisément à des intentions de recherche, à des moments distincts du raisonnement. Un responsable marketing cherchera à comprendre les grandes orientations stratégiques, un responsable technique s’interrogera sur la faisabilité ou l’intégration, un directeur financier sur le risque et la soutenabilité des coûts, un dirigeant sur la cohérence globale et la réputation du prestataire. Tous ne posent pas les mêmes questions, et surtout pas au même moment.
L’expertise se mesure à la capacité d’anticiper les peurs et les objections
Dans ce cadre, l’expertise ne se démontre pas par des promesses, mais par la capacité à nommer les peurs, à anticiper les objections silencieuses, et à approfondir les enjeux spécifiques d’un marché donné, pour une catégorie précise de produits ou de services. Une étude de Demand Gen Report indique que 68 % des acheteurs B2B attendent des contenus spécifiquement adaptés à leur secteur et à leur fonction, et non des messages génériques. Lorsque ce niveau de précision est absent, le contenu est lu, parfois apprécié, mais il ne fait pas avancer la décision.
Dans un monde dominé par les IA, préparer la décision plutôt que forcer la relation
C’est pourquoi, dans un monde dominé par les IA, la question n’est pas de parler plus fort ou de produire plus vite. Elle est de cartographier les intentions de recherche réelles des personas impliqués dans la décision, d’identifier leurs besoins d’approfondissement, leurs zones d’incertitude, leurs contraintes internes, et d’y répondre par des contenus structurés, fiables et contextualisés. Ce travail ne remplace pas la relation humaine ; il la prépare. Il crée un terrain commun, un langage partagé, et surtout une décision suffisamment mûre pour que le premier échange ne soit plus une prise de risque, mais l’aboutissement logique d’un raisonnement déjà engagé.
Exemples de personas industriels et usages différenciés des moteurs de recherche et des IA dans les cycles de vente longs
Dans l’industrie et les environnements B2B techniques, parler d’“un” persona décisionnaire n’a que peu de sens. Les décisions s’inscrivent dans des cycles longs — souvent 6 à 18 mois, parfois davantage — et mobilisent des profils aux logiques très différentes. Chacun avance avec ses contraintes, ses peurs spécifiques et ses outils de recherche privilégiés. C’est précisément cette diversité qui impose une stratégie de contenu segmentée non par canal, mais par intention cognitive.
Le dirigeant industriel : arbitrer sans fragiliser l’entreprise
Le dirigeant de PME ou d’ETI industrielle n’est généralement pas celui qui effectue les recherches techniques détaillées. Son rôle est d’arbitrer, de donner une direction et surtout d’assumer le risque global. Il s’interroge sur la solidité du fournisseur, la pérennité de la solution, l’impact sur l’image de l’entreprise et la cohérence avec la stratégie à moyen terme. Une mauvaise décision peut fragiliser l’outil de production, détériorer la relation client ou exposer l’entreprise à des risques juridiques ou réputationnels.
Dans cette phase, Google reste un point d’entrée pour une recherche exploratoire : comprendre un marché, identifier des acteurs, vérifier une présence internationale ou institutionnelle. Mais pour structurer sa réflexion, le dirigeant a de plus en plus recours à ChatGPT, utilisé comme un outil d’aide à la décision : reformulation d’enjeux, comparaison de scénarios, clarification des avantages et limites d’une solution. Il ne cherche pas une vérité absolue, mais un cadre de raisonnement qui l’aide à poser les bonnes questions à ses équipes.
Le directeur technique ou responsable ingénierie : réduire l’incertitude opérationnelle
Le responsable technique — directeur industriel, responsable méthodes, ingénieur senior — est le garant de la faisabilité et de la continuité opérationnelle. Son rapport au risque est concret : compatibilité des équipements, intégration avec l’existant, maintenance, sécurité, conformité aux normes. Il entre souvent tôt dans le cycle de décision et multiplie les points de vérification.
Son moteur principal reste Google, utilisé de façon très ciblée : recherches techniques, normes, retours d’expérience, documentation fournisseur, comparatifs. Il consulte également YouTube, non pas pour “apprendre” au sens large, mais pour visualiser : démonstrations, tests, installations réelles, contraintes terrain. Dans les environnements où la précision est critique, Perplexity peut être mobilisé pour obtenir des réponses sourcées, rapides, permettant de croiser plusieurs sources sans perdre de temps.
Le responsable achats ou financier : sécuriser la décision et la rendre défendable
Le responsable achats ou le directeur financier intervient avec une logique différente : son objectif est de rendre la décision défendable en interne. Il analyse les coûts sur la durée, les conditions contractuelles, la dépendance fournisseur, les risques juridiques et financiers. Il arrive souvent après une première présélection, mais peut bloquer un projet si les garanties ne sont pas suffisantes.
Pour ce persona, Perplexity prend une place croissante, car il permet de vérifier rapidement des informations, de comparer des pratiques contractuelles ou d’identifier des signaux faibles de risque. Dans les entreprises fortement structurées autour de Microsoft, Copilot est utilisé pour analyser des documents, résumer des appels d’offres, comparer des propositions et préparer des notes internes. Ici, l’IA n’est pas un outil de découverte, mais un outil de validation.
Le prescripteur marketing ou commercial B2B : aligner discours et réalité marché
Dans l’industrie, le marketing et le commerce jouent souvent un rôle de prescripteur interne. Leur enjeu est double : comprendre l’offre pour la rendre intelligible, et s’assurer qu’elle répond à une attente réelle du marché. Ils travaillent sur la crédibilité du discours, la différenciation et la cohérence entre promesse commerciale et réalité technique.
Ces profils utilisent largement Google pour analyser le positionnement concurrentiel et YouTube pour comprendre les usages et les cas clients. Ils sont aussi parmi les plus avancés dans l’usage de ChatGPT, qu’ils mobilisent pour structurer des argumentaires, préparer des présentations ou tester des messages auprès de différentes cibles. Leur usage de l’IA est itératif et exploratoire, au service de la cohérence globale.
Une même décision, plusieurs moteurs, plusieurs temporalités
Ce qui ressort de ces exemples, c’est qu’il n’existe pas un moteur de recherche ou une IA “idéale” pour vendre en B2B industriel. Chaque persona mobilise des outils différents selon son rôle, son niveau de responsabilité et le moment du cycle de décision. Google structure l’exploration, YouTube accompagne la compréhension visuelle, ChatGPT soutient le raisonnement, Perplexity sécurise l’information, Copilot organise la décision interne.
Une stratégie de contenu efficace ne cherche donc pas à être omniprésente, mais pertinente au bon endroit, pour la bonne intention. Elle ne force pas le passage à l’acte. Elle aligne les contenus sur les questions réelles que se posent les acteurs de la décision, à mesure que celle-ci mûrit. C’est cette capacité à parler à plusieurs intelligences — humaine, organisationnelle et algorithmique — qui fait aujourd’hui la différence dans les cycles de vente industriels longs.
Conclusion – Être visible pour les IA suppose d’abord d’être légitime pour le web
Dans un contexte où les IA conversationnelles prennent une place croissante dans les usages professionnels, une idée fausse circule largement : celle selon laquelle il suffirait de “parler aux IA” pour être cité, recommandé ou repris. La réalité est plus structurée — et plus exigeante. Pour être proposé par une IA, il faut d’abord être compris, référencé et reconnu dans l’écosystème web existant.
Les chiffres sont sans ambiguïté. Aujourd’hui, plus de 90 % du contenu utilisé par les moteurs de recherche traditionnels est indexé via des logiques de crawl, de liens et de structuration sémantique. Les IA génératives, même lorsqu’elles produisent des réponses conversationnelles, s’appuient sur ces mêmes fondations : contenus accessibles, cohérents, régulièrement mis à jour, et reliés à un champ d’expertise clairement identifié. Sans indexation solide, il n’y a tout simplement pas de matière exploitable.
Par ailleurs, la question de l’autorité reste centrale. Selon plusieurs études SEO convergentes, les pages positionnées dans le top 10 de Google concentrent encore plus de 70 % des clics sur une requête donnée. Ce signal de visibilité n’est pas anodin : il indique aux moteurs — humains comme algorithmiques — quelles sources sont jugées fiables, pertinentes et légitimes. Les IA ne copient pas Google, mais elles héritent largement de cette hiérarchisation implicite du web.
À cela s’ajoute un facteur linguistique souvent sous-estimé. Les grands modèles d’IA actuels reposent encore majoritairement sur des corpus anglophones. L’anglais agit comme une langue de structuration du savoir : un contenu clair, bien référencé et disponible en anglais bénéficie mécaniquement d’un potentiel de diffusion plus large, y compris pour des marchés non anglophones. Il ne s’agit pas de renoncer au français, mais de comprendre que la visibilité internationale — et algorithmique — se construit souvent à partir de cette langue pivot.
Dans ce contexte, le rôle du consultant SEO évolue profondément. Il ne s’agit plus d’optimiser des pages en silo, mais de collaborer étroitement avec les équipes internes pour structurer l’expertise de l’entreprise, traduire ses compétences en contenus compréhensibles par les moteurs, et aligner intentions de recherche, cycles de décision et exigences algorithmiques. Le SEO devient un travail d’architecture de l’information et de fiabilisation du discours, au service à la fois des humains… et des IA.
En définitive, être visible dans un monde dominé par les IA ne consiste pas à chercher des raccourcis technologiques. Cela suppose de construire une autorité réelle, ancrée dans un champ de compétences précis, reconnue par les moteurs de recherche traditionnels, et suffisamment claire pour être reprise, synthétisée et transmise par les systèmes d’intelligence artificielle. Les IA n’inventent pas la légitimité : elles la relaient.


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