Managers en EHPAD : Optimisez l'organisation du travail grâce aux repas décalés

Découvrez comment les repas décalés en EHPAD peuvent améliorer l'organisation du travail, réduire le stress des équipes soignantes et renforcer la satisfaction des résidents. Une solution innovante pour des managers engagés dans la qualité de vie au travail.

DYNAMIQUE DE GROUPEMANAGEMENTRSE

LYDIE GOYENETCHE

1/25/20266 min lire

EHPAD
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Repas décalés en EHPAD : une solution pour mieux accompagner les résidents et soulager les équipes

Les EHPAD (établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) font face à des défis croissants : l’allongement de la durée de vie, l’augmentation de la dépendance des résidents et des effectifs souvent insuffisants. Dans ce contexte, des modèles organisationnels innovants, comme les repas décalés, suscitent de plus en plus d’intérêt. Ces approches, développées dans plusieurs pays, permettent non seulement de mieux répondre aux besoins des résidents, mais aussi d’améliorer les conditions de travail des équipes soignantes. Explorons cette solution et ses impacts sur la performance sociale des établissements.

Comprendre les besoins croissants des résidents

Les résidents arrivent en EHPAD de plus en plus tard, souvent à un stade avancé de dépendance, avec des pathologies lourdes telles que les maladies neurodégénératives, les troubles cognitifs ou une mobilité réduite. Cette évolution augmente la charge de travail des équipes soignantes, sans qu’elles bénéficient d’une augmentation proportionnelle des effectifs. La gestion des repas, moment crucial de la journée, est particulièrement impactée. Avec des horaires fixes, les soignants doivent accompagner tous les résidents en même temps, créant des pics d’activité souvent sources de stress et d’épuisement.

L’innovation des repas décalés

Dans certains pays, comme la Suède et les Pays-Bas, les repas sont étendus sur une plage horaire plus large. Par exemple, le déjeuner peut être servi entre 11h et 14h, permettant de mieux répartir les soins et d’accompagner chaque résident selon son rythme. En Suède, plusieurs EHPAD ont adopté une organisation en flux continu. Les repas sont échelonnés sur une longue période pour éviter les embouteillages en salle à manger. Les soignants disposent de plus de temps pour aider les résidents qui en ont besoin, améliorant ainsi la qualité de l’accompagnement.

Cette organisation offre de nombreux avantages. Elle réduit le stress des équipes, permet une meilleure adaptation aux besoins des résidents souffrant de troubles cognitifs ou de rythmes biologiques irréguliers, et améliore l’ambiance générale. Ces bénéfices se ressentent tant chez les résidents que chez le personnel.

Une organisation adaptée des équipes

Avec des repas décalés, les plannings des équipes doivent être réorganisés pour étaler les tâches sur toute la journée. Par exemple, les matinées peuvent être consacrées à la distribution progressive des petits-déjeuners et aux premiers soins. Le midi, entre 11h et 15h, est dédié à l’assistance pour les repas et aux soins complémentaires. L’après-midi est consacré aux collations, aux activités et à la toilette des résidents qui en ont besoin, tandis que la soirée couvre les dîners en créneaux adaptés et la préparation au coucher.

Les équipes peuvent être organisées en rotations pour assurer une continuité des soins tout en limitant les surcharges. Les soignants alternent entre l’aide aux repas, les soins et les activités, favorisant une coopération fluide et une diversification des tâches.

Performance sociale et bien-être des soignants

L’impact positif des repas décalés ne se limite pas aux résidents. Les soignants bénéficient de meilleures conditions de travail. En ayant davantage de temps pour accompagner les résidents, ils ressentent une reconnaissance accrue et un meilleur équilibre entre vie professionnelle et personnelle. Cette organisation diminue aussi le stress et les risques de burn-out, ce qui se traduit par une baisse significative du turnover et une plus grande stabilité des équipes.

Les résultats observés dans des établissements pilotes, comme un EHPAD en Saône-et-Loire, sont parlants. Cet établissement a réduit de 30 % les arrêts maladie liés aux troubles psychosociaux et augmenté la satisfaction des familles et des résidents. Aux Pays-Bas, le modèle Buurtzorg, bien que centré sur les soins à domicile, prouve que des équipes autonomes et des horaires flexibles peuvent réduire le turnover et améliorer la satisfaction des soignants.

Défis et leviers pour une mise en place réussie

Malgré ses nombreux avantages, la mise en place de repas décalés n’est pas sans défis. Le recrutement de personnel supplémentaire peut s’avérer nécessaire pour couvrir les plages horaires élargies. La formation des équipes aux nouvelles pratiques, comme la gestion des rythmes biologiques ou l’utilisation d’outils numériques, est essentielle. De plus, les résistances au changement peuvent freiner l’adoption de cette organisation flexible.

Pour surmonter ces obstacles, il est crucial d’impliquer les équipes dans la réflexion et l’élaboration des plannings, d’investir dans des outils numériques pour optimiser les plannings et d’assurer une communication transparente avec les résidents et leurs familles.

Vers une meilleure qualité de vie en EHPAD

Les repas décalés représentent une solution innovante pour répondre aux enjeux des EHPAD. En adaptant les horaires aux besoins des résidents et en allégeant la charge de travail des soignants, ces modèles permettent de réconcilier performance sociale et qualité de vie. Les expériences menées à l’étranger et en France montrent que cette organisation peut transformer les EHPAD en lieux plus humains et apaisés, tant pour les résidents que pour les équipes.

Investir dans de telles pratiques, c’est non seulement améliorer le quotidien des personnes âgées, mais aussi redonner du sens au travail des soignants. Une perspective essentielle pour préparer l’avenir des EHPAD. Par ailleurs quand une personne ou sa famille consultent les pages informatives de la maison de retraite un certain nombre de questions se posent pour eux avant de pouvoir se projeter dans l'acceptation de cette réalité du placement en Ehpad ou de son choix volontaire. Certains établissements ont déjà avancé sur ces enjeux, notamment en permettant d’adapter la chambre du résident à son environnement personnel habituel, afin de préserver ses repères, son identité et son sentiment de continuité de vie.

Cependant, ces initiatives restent souvent peu visibles. Or, lorsqu’une personne âgée ou sa famille doivent prendre une décision concernant un éventuel placement, elles s’appuient en grande partie sur les informations disponibles en ligne pour se projeter et évaluer la qualité de l’accompagnement proposé.

Rendre ces pratiques accessibles sur le site internet de l’établissement, à travers une communication claire et un référencement naturel adapté, permet non seulement de répondre aux interrogations concrètes des familles, mais aussi de lever certains freins psychologiques au placement. La visibilité de ces engagements devient alors un véritable levier de confiance et de décision, au même titre que l’offre de soins ou les équipements.

L’entrée en EHPAD n’est pas un acte administratif, c’est une transition de vie complexe qui met en jeu le vécu, les habitudes, l’autonomie et le sens de soi. Les familles retardent souvent cette décision parce que leur proche ne veut pas quitter un environnement où il se sent à l’aise, maître de ses repères et de son rythme quotidien. Cela inclut des éléments aussi simples — mais profondément significatifs — que les repas à des horaires personnels ou hors normes, l’autonomie dans les routines, et la continuité des habitudes de vie.

Les travaux de recherche montrent que ces habitudes et routines personnelles comptent énormément pour le bien-être perçu des personnes âgées : ils constituent des points d’ancrage identitaires qui, lorsqu’ils sont menacés, peuvent générer de l’angoisse ou même de la résistance au changement. Les routines alimentaires, par exemple, sont très liées à la vie sociale et à la satisfaction personnelle — et une modification brutale de ces rythmes (comme l’obligation de repas à heures imposées) est souvent perçue comme une perte de liberté plutôt que comme un bénéfice.

Les études portant sur les perceptions des familles et des proches soulignent que les freins psychologiques à l’entrée en établissement sont puissants.
Les proches exprimant des sentiments de culpabilité ou d’inquiétude face à l’institutionnalisation, ou craignant la perte d’autonomie de leur parent, sont des obstacles majeurs à la décision de placement. Le manque de communication et d’implication dans le processus décisionnel rend l’entrée encore plus difficile.

Ce phénomène est renforcé lorsque la personne âgée elle-même n’a pas été associée à la décision, ou que ses habitudes de vie n’ont pas été reconnues ni intégrées dans la présentation du projet d’accompagnement. La loi impose aujourd’hui le consentement éclairé et la participation du résident à ce choix lorsqu’il en est capable, parce que ce consentement est un pilier de dignité et de respect du projet de vie.