Le non verbal : un levier caché pour la performance sociale et l’inclusion en entreprise
Le non verbal, souvent ignoré, joue un rôle clé dans la régulation émotionnelle et la performance collective. Appuyée sur les neurosciences, cette approche révèle un levier puissant pour l’inclusion et la RSE.
VEILLE SOCIALEMANAGEMENT
LYDIE GOYENETCHE
10/14/20255 min lire


Le concept de RSE : des valeurs en action
La Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE), c’est un mélange d’idéalisme et de pragmatisme. D’un côté, l’aspiration à un monde meilleur, où les décisions économiques intègrent la dimension humaine et environnementale. De l’autre, les réalités du marché : performance, croissance et compétitivité.
La RSE cherche à réconcilier ces deux logiques — celle du cœur et celle de la raison — pour en faire un moteur d’équilibre et de sens.
Prenons un exemple concret : une entreprise qui réduit son impact environnemental en adoptant des procédés plus propres, tout en baissant ses coûts de production grâce à une meilleure gestion des ressources. Elle satisfait ainsi ses parties prenantes (clients, salariés, investisseurs), tout en améliorant ses performances économiques.
Mais la RSE ne se limite pas à ces arbitrages rationnels : elle s’incarne dans des gestes, des postures et des attitudes, là où la culture d’entreprise devient visible — c’est-à-dire dans le non verbal.
L’histoire de la RSE : une évolution guidée par les attentes sociales
Apparue dans les années 1970, la RSE s’est imposée progressivement, sous l’effet de la mondialisation et des crises écologiques.
Dans les années 2000, elle devient incontournable : la société civile, les consommateurs et les salariés réclament davantage de transparence et de cohérence entre les discours et les actes.
Aujourd’hui, la RSE n’est plus un supplément d’âme. C’est un pilier stratégique, un standard attendu de toute entreprise souhaitant durer. Et cette exigence dépasse largement le périmètre des rapports extra-financiers : elle concerne les comportements quotidiens, les interactions, la manière dont on parle, dont on écoute, dont on agit.
De la culture d’entreprise à la présence incarnée : quand le non verbal devient le miroir des valeurs
Une politique RSE cohérente ne se lit pas seulement dans un rapport annuel : elle se ressent dans les interactions.
Un manager qui prend le temps d’écouter, une direction qui accueille la différence sans jugement, un collègue qui ajuste son ton ou sa posture face à une personne en difficulté : ces gestes modestes sont les véritables indicateurs de la culture d’entreprise.
Les neurosciences confirment que la communication humaine est à 93 % non verbale (Mehrabian, 1971).
55 % passent par les expressions faciales et la posture, 38 % par la tonalité de la voix, et seulement 7 % par les mots.
Autrement dit, les valeurs d’une entreprise se perçoivent d’abord dans le corps et le ton, avant même d’être formulées.
Une scène en crèche : quand l’asymétrie relationnelle devient perceptible
Un jour, dans une crèche, une scène simple a révélé la puissance de ce langage invisible.
Des professionnelles, souhaitant suivre un protocole éducatif, invitaient les enfants à changer de section. Les voix étaient tendues, les gestes un peu brusques : leur agacement, pourtant discret, suffisait à désaccorder le climat.
Un enfant de 18 mois, dont les filtres cognitifs ne sont pas encore en place, s’est figé. Son corps a répondu à la tension avant même qu’il puisse la nommer.
En lui parlant doucement, en ajustant ma posture et mon rythme à sa peur, j’ai simplement pris sa main. Il m’a suivie, rassuré par la cohérence entre ma voix et mes gestes.
Ce moment anodin révèle une vérité profonde : les enfants — et les personnes hypersensibles ou TDA — perçoivent les dissonances entre ce qui est dit et ce qui est ressenti.
Leur cerveau agit comme un radar à asymétrie relationnelle, captant instantanément ce que d’autres ignorent.
TDA, hypersensorialité et intelligence relationnelle : des compétences invisibles
Chez les personnes vivant avec un TDA ou une hypersensibilité sensorielle, cette capacité d’observation fine n’est pas un simple trait de caractère : c’est une compétence neurocognitive.
Leur système attentionnel, plus réactif aux signaux émotionnels, analyse en continu les variations de ton, de rythme et de tension.
Les neurosciences (Posner et Petersen, 1990 ; Barkley, 2015) montrent que leur cortex préfrontal et leur système limbique réagissent de manière amplifiée à la dissonance sociale.
Cela leur permet de détecter les signaux faibles, mais les expose aussi à la surcharge émotionnelle lorsque l’environnement devient incohérent.
En entreprise, ces profils atypiques peuvent être de formidables médiateurs émotionnels.
Ils perçoivent avant les autres ce qui se joue dans l’atmosphère d’une équipe, anticipent les risques de tension, et rétablissent parfois inconsciemment la cohérence collective.
Encore faut-il que cette compétence soit reconnue, accompagnée et intégrée dans la politique RSE comme un véritable levier d’intelligence collective.
Le langage non verbal comme pilier d’une RSE incarnée
Intégrer le non verbal dans la RSE, c’est replacer la cohérence humaine au centre de la performance.
Un manager attentif à son ton de voix et à sa posture crée un climat psychologique de sécurité — concept clé en neurosciences sociales (Amy Edmondson, Harvard).
Dans cet environnement, les collaborateurs osent s’exprimer, proposer, innover.
À l’inverse, des signaux non verbaux de tension ou de mépris peuvent inhiber la créativité et provoquer un désengagement invisible mais profond.
La RSE devient alors plus qu’un cadre éthique : une écologie relationnelle.
Un espace où la régulation émotionnelle collective est aussi importante que la gestion des ressources matérielles.
Où l’on apprend à ajuster sa présence, son rythme et son écoute à l’autre — comme on ajuste un instrument dans un orchestre.
Inclusion, symétrie relationnelle et transmission
Dans cette perspective, les personnes neuroatypiques, en situation de handicap ou issues de cultures différentes ne sont pas à «intégrer» mais à reconnaître comme des acteurs de transformation.
Leur perception plus fine du non verbal, leur sensibilité à la cohérence entre le dire et le faire, peuvent inspirer toute une organisation.
La symétrie relationnelle devient alors un pilier d’inclusion :
– parler moins pour écouter mieux,
– observer avant de juger,
– ralentir pour retrouver l’accord juste.
C’est aussi une forme de transmission, au sens fort : celle d’un apprentissage collectif de la présence et de la bienveillance, qui fait écho à la responsabilité sociale dans son essence même.
En conclusion : la RSE, un art d’habiter humainement l’entreprise
La Responsabilité Sociale des Entreprises ne se résume ni à des chiffres ni à des engagements environnementaux.
Elle repose sur la qualité des relations humaines et la cohérence entre les valeurs proclamées et les comportements vécus.
Les personnes hypersensibles, les enfants, les esprits attentifs au non verbal nous rappellent que la communication la plus sincère n’a pas besoin de mots.
En reconnaissant ces signaux invisibles et en les intégrant dans les pratiques managériales, les entreprises peuvent devenir de véritables lieux de croissance humaine.
Parce qu’en définitive, les gestes, les regards et les intonations sont les premiers et les derniers langages du lien social — là où la RSE retrouve sa vocation première : faire du travail un espace de relation, et de la performance un acte de présence.


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